LES MAMA BENZ – rituel n°6


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LES MAMA BENZ

Balançoires — arbres du square Beethoven – futur emplacement de nouveaux logements privés et d’un square rénové

On a du mal à se souvenir de l’ancien square Beethoven, entouré de duplex aux petits jardins verdoyants. A la place, un terrain vague transformé en parking et cette langue de terre laissée libre avec d’immenses platanes. Au sol, un mystérieux cercle de terre et un rectangle de béton lisse. Des feuilles mortes car c’est l’automne et un petit chemin qui longe l’immeuble de « 9 étages « . Ici et là, des poubelles se sont nichées entre les sacs de gravas laissés par les chantiers. Il n’est pas nécessaire d’attendre le revêtement en granule de caoutchouc aggloméré ni les toboggans rouges et verts. Il n’est pas non plus essentiel de faire une réunion. Cet endroit a quelque chose de magique et il serait bien stupide de le laisser à l’abandon.

Un jour, j’ai reçu un message. Il était question d’une intervention nocturne et anonyme. Les Mama Benz tenaient à garder leurs visages dissimulés, mais l’aventure devait faire partie de « Château d’eau ». Trop curieux, j’ai mordu à l’hameçon.

Une nuit, armées d’échelles et de cordes, la voix étouffée par cagoules et turbans, les Mama Benz accrochent leurs créations dans les arbres. Avec la lumière de ma caméra, je perçois surtout des ombres et parfois l’éclat de la corde en nylon orange. Les Mama Benz empilent aussi des palettes dans un coin et disposent un banc déjà construit à côté du cercle. Dans la nuit des voix s’élèvent. Probablement insomniacs, des voisins nous regardent curieux. « Ce bac à sable-là, ça fait 10 ans qu’il est desséché ». Une femme avec son chien s’inquiète des lapins : « il faudrait dire au gouvernement de  faire des cages à lapins ».

Le lendemain, de magnifiques balançoires s’agitent nonchalamment dans le vent. Normalement désert, le terrain est assailli d’enfants et d’adolescents rigolards et émerveillés. Le temps est clair, parfait pour un barbecue. C’est en tout cas l’idée qui flotte dans l’air et les jeunes prennent les choses en main. Ils  ramènent le barbecue, d’autres des merguez et du pain. Un sac de friandises est lancé du 7eme étage par une vieille femme à l’attention des enfants. Sabrina ramène le thé et du café. A côté des palettes, scies, visses et marteaux sont apparus. Un atelier de construction se met en place. Progressivement, naissent un autre banc et une table. Il n’y pas de pancarte indiquant l’âge requis pour utiliser les nouvelles constructions. Des grappes de jeunes et moins jeunes accrochées à chacune des cordes des balançoires tanguent sous l’oeil amusés de parents. Des concours de sauts s’organisent. Le dimanche soir nous surprend tous. Le temps semblait s’être arrêté cette après-midi là.

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