ROBIN – rituel n°5

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ROBIN AUNEAU

Cirque Ozigno, Cirque électrique et autres cirques

Hula hoop et équilibres — Château d’eau – futur emplacement de la place publique – croisement de la rue du Bel Air et de la rue Lenain de Tillemont.

C’est un château d’eau. C’est du moins le nom qu’on lui donne ici, bien qu’il soit assez éloigné d’une quelconque magnificence princière et qu’il ne contient pas d’eau. Le long de l’escalier central qui serpente jusqu’au sommet, les pas font crisser les os séchés des pigeons morts et les semelles s’enfoncent dans les strates accumulées de fiantes. En haut pourtant, tout bascule. Une petite porte blanche ouvre sur un dôme herbu balayé par le vent. Circulaire, cette petite colline ressemble à un astre échevelé flottant entre ciel et terre. De là-haut, le regard à 360° s’ouvre sur l’horizon trouble de l’urbanité irrégulière. On est alors saisi par l’ivresse de l’alpiniste sur sa montagne ou du visiteur clandestin dans un palais abandonné.

Lorsqu’il est construit en 1936, il devait surplomber les parcelles de cultures fruitières qui s’étalaient sur l’ensemble du plateau des Malassis. L’enquête ne dit pas qui l’a construit, ni s’il arrivait à lancer suffisamment de pression dans toutes les arrivées d’eau des habitations qui ont progressivement remplacé les terres agricoles. Il semble juste évident aujourd’hui que la concentration des immeubles rend dérisoire ce réservoir d’eau surélevé. Mais alors, à quoi peut-il bien servir ?
En 2003, ils ont dit «  on le ferme ! »
En 2003, d’autres ont dit « on vous le reprend pour 1€ » et ils ont ajouté « c’est entendu on le détruit »
En 2008, d’autres s’insurgent « pas question de le détruire, il est notre pile thermique du futur »
En 2010, d’autres rectifient « c’est un peu compliqué cette pile, on réfléchit »

Et à partir de là, tout une chorale de voix se fait entendre.
« On veut un restaurant
Au secour, quelle laideur, rasez-le !
Pour venir chez moi, c’est au château d’eau à droite
Vous préférez du minéral ou du végétal ?
Tout est choisi à l’avance
Il y a des pistes
On ne vient pas avec un dessin figé
C’est un peu la campagne
On entend le coq
On pourrait mettre des oies
Mais si on met des oies, il y a des gens, ce serait problématique
Il y a aussi des lapins, mais c’est une autre histoire
Comment imaginer donner du sens à ce lieu ?
On pourra faire des barbecues sur cette place publique ?
C’est une belle piste de danse !
Quand on éclaire quelque chose, ce qui est important est ce qui est à côté »

En attendant la place publique, les bancs, les bosquets et le château d’eau en œuvre d’art, je négocie les clefs et je m’infiltre dans ce qui est devenu mon paradis éphémère. Ici, tout tourne, l’énergie entre les pieds de bétons, les ombres au fil de la journée, les escaliers en colimaçons, l’échos des voix qui dialoguent, la vue panoramique et le vent du sommet. Robin n’habite pas ici. Il travaille dans un cirque. Il vit sur les routes. Il n’a pas peur du vide. C’est un virtuose du hula hoop. Ses cerceaux narguent notre sérieux et nos polémiques. Dans tous ces bruits de machines, il réinvente la gravité, renverse nos certitudes et rend hommage à notre liberté d’imaginer.

 

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